Nantes – Exposition « Éloge de la sensibilité » – I –

Peintures françaises du XVIIIe siècle dans les collections de Bretagne

Exposition du printemps 2019 au Musée des Beaux-Arts de Nantes

L’exposition suivait une évolution de la peinture française comme reflet du Siècle des Lumières, dans un tout nouveau genre : transcrire les émotions et les sentiments

Les arts du siècle précédent exaltaient la grandeur des sentiments et voulaient participer à l’édification morale en peignant des faits et des attitudes exemplaires

Les caprices des passions humaines et les égarements du cœur et de l’esprit devant plier devant la toute puissance de la raison

Sérénité d’une exposition sous une lumière zénithale …

Au Siècle des Lumières, émerge une nouvelle perception des sentiments humains, remettant l’individu et ses affects dans un environnement où pouvait s’épanouir une sensibilité nouvelle

Les portraits d’apparat emphatiques du Grand Siècle, célébrant l’héroïsme du personnage représenté, deviennent plus intimes

Pierre Charles Trémolières – Détail d’un portrait d’homme

Portrait d’un riche négociant nantais traité dans une pose stéréotypée, convention classique pour souligner la position sociale d’un modèle

Le drapé, aux couleurs chatoyantes, dont le peintre affuble le personnage à la manière d’une toge antique, évoque les effigies princières et souligne, chez ce portraituré, un désir de noblesse de roturier enrichi

Jean Ranc – Portrait de Joseph Delaselle
1710

Portrait d’apparat au grand rideau volant de velours écarlate, d’une dame de la noblesse qui de son air guindé, dans une dévotion sentimentale, pointe du doigt le portrait de son défunt mari en invitant le spectateur à contempler l’effigie de l’absent

François de Troy – Portrait d’une veuve
Vers 1710

Procédé pictural du début du siècle représentant l’absence d’une personne par le recours à son image, popularité nouvelle de la formule « du tableau dans le tableau »

Détail

La solennité du portrait d’un conseiller aux parlements où le rouge profond de la robe le dispute au noir avec virtuosité, distingue pourtant un visage aux traits spirituels et presque narquois

Louis Tocqué – Portrait d’un magistrat
Vers 1730-1735

Les quatre quartiers de noblesse nécessaires pour être promu dans l’ordre prestigieux de Saint-Louis donne à ce militaire aux joues rouges d’un bon vivant, l’air un peu fat de l’homme gonflé de son importance !

Louis Tocqué (Attribué à) Portrait d’un chevalier de l’ordre de Saint-Louis
Vers 1740

La représentation d’un magistrat en négligé, assis à sa table de travail, parcourant un acte notarié fantaisiste, reste du style très conventionnel des portraits de commande en série passée par les bourgeois nantis comblant leur satisfaction d’être parvenu à ce qu’il sont !

Pierre Charles Trémolières – Portrait d’homme
Vers 1734-1735

Le portrait de la princesse de Lamballe reprend les codes des effigies aristocratiques où les personnages arborant des tenues somptueuses enrichies de broderies d’or sont campés au milieu de draperies volantes ouvrant sur un paysage

Jean Laurent Mosnier – Portrait de la princesse de Lamballe
1780

Mais la pose naturelle inscrit la princesse dans la lignée des femmes cultivées pratiquant les arts, bien que la réputation de la princesse de Lamballe, sous la plume acérée de la chroniqueuse versaillaise Madame de Genlis, « fut si dépourvue d’esprit que son air enfantin cachait agréablement sa nullité »

Détail de la robe de cour à la Française

Portrait monumental toutefois tempéré par l’intimité d’objets familiers, le coffret à bijoux et la statuette d’un putto posent des détails surprenants dans ce type de peinture

Détail

Adélaïde Labille-Guiard, fille d’un marchand de mode,quatrième peintre féminin à entrer à l’Académie des Beaux-Arts était célébrée par ses contemporains pour sa virtuosité à représenter les textiles dans des portraits relevant plus de l’intimité que de l’ostentation

Adélaïde Labille-Guiard – Portrait de femme
Vers 1787

L’artiste dans ce portrait d’une femme en train de rédiger une lettre analyse d’une manière sensible le caractère plein de retenue aristocratique du modèle

Détail des camaïeu des blancs et des gris de la robe à l’anglaise et de la transparence de la gaze du mouchoir de cou

Avec ce portrait d’une dame affichant sa vertu dans sa tenue et son attitude, le peintre insiste sur l’aisance et la respectabilité du modèle

Jacques André Aved (Attribué à) – Portrait de dame en gris

Le léger rendu du rideau et du fauteuil canné, le traitement largement brossé de la cape en soie moirée, reflet du goût de l’artiste pour la peinture nordique, mettent en valeur les chairs rosées et le regard calme et déterminé d’une dame personnifiant en cette moitié du siècle l’avènement de la bourgeoisie de province

Détail de la tenue élégante sans luxe

Le portrait d’une jeune femme, vêtue d’une robe intemporelle d’un bleu éclatant mais d’une grande sobriété illustre les recherches esthétiques du peintre Vien

En rupture avec le goût galant de son temps, Vien se tourne vers une recherche de pureté et de simplicité inspirée de l’Antiquité

Joseph Marie Vien – Portrait de la marquise de Migieu
1764

Ses tableaux de figures féminines vêtues « à la grecque » de fantaisie mettent en scène une Antiquité quotidienne et intimiste

Son goût pour les accessoires, les décors et le mobilier inspira la mode et eut une énorme influence sur les arts décoratifs de son temps

Détail du guéridon à piètement de sphinge de goût antiquisant

En référence à l’Antiquité, le geste de la marquise peut être lu comme une forme de piété filiale envers la figure paternelle figurée sur le côté du tableau, selon la tradition romaine de faire figurer ainsi les bustes des ancêtres

Détail – La corbeille de fleurs se veut un hommage à Marie Thérèse Reboul, la femme du peintre, également peintre et académicienne et spécialisée dans les compositions florales

Ce portrait d’homme est un magnifique exemple de l’évolution du portrait masculin dans les dernières années de l’Ancien Régime

Le peintre, qui sut s’adapter aux modes du temps, ici à la veille de la Révolution, livre un portrait où la position désinvolte et originale du modèle et son regard direct prouve les tendances des artistes à aller toujours loin dans le naturel

Philippe Chéry – Portrait d’homme
1789

Loin de ses œuvres sensuelles ou moralisatrices, Greuze au tournant du siècle, livre des portraits d’une simplicité inédite à la tonalité assourdie, où se perçoit l’influence de David

Jean-Baptiste Greuze – Portrait de Michel Nicolas Hussard
1805

« Une nouvelle image de la famille » dans le prochain article

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