Salon « l’Aiguille en fête » 2014 – La guilde des brodeuses anglaises

Paris – Salon l’Aiguille en fête – III – 2014

Paris – Salon l’Aiguille en fête 2014 : I | II | III | IV

L’exposition « Mining a Golden Seam » de la guilde des brodeurs du Nord-Est de l’Angleterre était tout à fait passionnante

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Linda Edwards – Seams a Lot – Linda évoque ses souvenirs de la couture liée aux nécessités familiales et au travail des hommes dans les mines

Accrochées en hauteur dans un semblant de couloir tendu de noir, sensé évoquer les entrailles de la terre, la contemplation des œuvres était malaisée et pourtant je suis restée longtemps fascinée par quelques ouvrages autant pour la vitalité de l’inspiration que par la subtilité du travail

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Linda Doughty – Variations on a Thème – Linda joue sur le mot « Mining » en explorant divers points de couture

De charmantes dames anglaises, au français hésitant mais à l’accent délicieux, venaient vers les visiteurs pour expliquer le travail de leur guilde avec cette simplicité et cette chaleur qui faisaient défaut à « nos grandes artistes » françaises juste un peu plus loin

Ces brodeuses talentueuses non professionnelles n’avaient visiblement pas d’ambition pour l’étiquetage artistique que pourtant plusieurs d’entre elles méritaient amplement

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Beryl Lee – Frame-up – Beryl témoigne de son intérêt pour tout ce qui s’ajoute aux fils et cela va jusqu’au cadre !

La région Nord-Est de l’Angleterre est une terre de contrastes où, au milieu de campagnes verdoyantes et de villes historiques renommées, l’exploitation minière a joué un rôle important à l’époque de la Révolution Industrielle en permettant l’émergence de grands centres industriels

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Victoria MacLeod – Black and Gold Seams – Victoria a couché des fils sur une grille régulière d’un canevas avec galons, rubans, perles et autres embellissements

L’exploitation minière a cessé mais son souvenir est resté vivace dans la conscience collective des habitants de la région

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Jean Wells – Goldrusch – Détail – Jean dépeint le rêve d’un grand-père parti à la ruée vers l’or en Alaska et revenu en Angleterre aussi pauvre qu’avant son départ

La guilde des brodeurs a travaillé sur les thèmes de l’histoire et de l’héritage de l’industrie minière et de la vie des communautés liée à cette industrie

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Goldrusch – Détail des minuscules et remarquables broderies d’or prises dans une gangue de textiles rugueux

Les strates géologiques avec leurs filons d’or et leurs fossiles ont inspirés nombre d’ouvrages où se mêlent broderies, textiles retravaillés et trésors de récupération

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Victoria Mac Leod – Tyne and Wear – Victoria évoque la vie avant et après l’exploitation minière et la prospérité relative de la région avant son déclin actuel

La couleur or commune à beaucoup d’œuvres se révèle le point focal au milieu des noirs intenses comme le filon précieux et étincelant surgi de sa gaine de pierre

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Tyne and Wear – Détail du filon d’or dont l’exploitation a engendré pollution et défiguration de l’environnement

La mémoire des vies industrieuses et les expériences après la fermeture des mines se mêlent de façon touchante au filon d’or considéré par beaucoup de brodeuses comme un enrichissement symbolique de leur vie

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Deborah Cooper – Golden Strata – Deborah explore en maniant et enjolivant ses tissus les strates d’or dans les couches de noir

J’ai préféré, dans cette exposition,  les travaux contemporains composites et très évocateurs aux traditionnelles broderies pastels un peu trop illustratives de façon terre à terre (si j’ose dire !)

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Rona Bruce – Bands of Gold – Rona aligne ses points de broderie or comme des couches géologiques en référence à la prospérité apportée par la veine de métal précieux

« Le réveil de la Belle Dormante » était le titre joliment donné, pendant le Salon, à un monumental métier à tisser la dentelle, fabriqué en fonte à Villeurbanne en 1905, qui avait été destiné à fabriquer la plus légère et la plus sophistiquée des dentelles

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Grande pièce de dentelle mécanique en fils de soie – Détail

Sauvée in-extremis de la destruction grâce à la mobilisation de quelques passionnés regroupés en associations, elle a été remise en état et grâce aux technologies numériques d’aujourd’hui, elle peut de nouveau tisser des kilomètres de dentelles  !

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Dentelle en fils de soie – Détail

Après les voiles de dentelle en fils de soie du début du XXe siècle, la belle machine ne finira plus que tisser les napperons en Tergal si populaires des années 1950 avant de renouer, peut-être ses fils d’antan

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Petit chemin de table – Détail – Dentelle mécanique en Tergal

L’exposition de kimonos refermera cette série d’articles sur le Salon 2014
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Paris – Salon l’Aiguille en fête 2014 :

* Porte de Versailles – 1ère partie
* Exposition « l’Art textile en liberté
* Exposition de la guilde des brodeuses anglaises
* Exposition de kimonos Meisen

14 réflexions sur « Salon « l’Aiguille en fête » 2014 – La guilde des brodeuses anglaises »

  1. Comment n’être pas admirative devant ces travaux si pleins d’imagination,de savoir faire, et de fidélité à une histoire ? Merci de nous faire partager cette découverte
    Quelle différence en effet avec ce qui était montré dans l’article précédent.Il n’est pas question ici de morbidité, et pourtant ce n’est ni léger ni superficiel, au contraire.
    Amitiés de Françoise

  2. Je connais un peu la broderie des Anglaises , celles sur la Houille de Jean Wells est une pure merveille … je suis baba et esbaubie , ce que j’aime c’est leur effort de conservation…des machines , mais aussi des oeuvres…on en rêve en France, où, à ma connaissance, il n’existe pas grand chose.

    • Oui Jacqueline, ce pays n’a pas jeté aux oubliettes tout un pan de son Histoire textile, et si les travaux dits « Victoriens » ont toujours la côte, William Morris toujours un inspirateur, on voit par cette exposition que la relève est prometteuse puisque ces charmantes artistes-brodeuses anglaises disent qu’enseigner aux jeunes gens (filles et garçons) est un de leur devoir !

  3. Effectivement les guildes, l’école royale de broderie sont très actives et on harmonise très bien tradition et nouveauté, sans trop de crêpage de chignons à la française;l’optique est différente , parce que l’art y est reconnu en tant que tel.On encourage la création pas seulement l’imitation des poncifs …mais on sait renouveler ceux-ci sans état d’âme . En France hors du prestige de la Haute-couture, point de salut !

    • En fait, cette année j’ai été très déçue par les broderies de l’école royale, peu de choses (interdiction photographique) mais le peu tendait ostensiblement vers les travaux de l’école d’art de Manchester où les dessins assistés par ordinateur essaient de renouveler la broderie traditionnelle…Je n’ai pas été convaincue ni par les tableaux brodées louchant vers les œuvres picturales ni par des barres métalliques entourées de fils ! Question de sensibilité sans doute…

  4. Bonjour, la qualité des ouvrages (grâce à vos photos) de l’exposition « Mining a Golden Seam » fait que l’on ressent bien le contraste entre l’exploitation des mines et la découverte du filon d’or, c’est original et minutieux de détails. A ma connaissance vous êtes la seule à avoir fait le relais de cette exposition pendant l’AEF, merci à vous. Je préfère ces ouvrages que ceux présentés dans un billet récent sur les corps balafrés qui me mettent mal à l’aise !

    • Merci Christine, mais j’ai regretté beaucoup dans cette expo les spots violents qui « écrasaient » des œuvres si délicates, la qualité de mes photos s’en ressent hélas …
      Mais je tenais à montrer ces images de broderie si admirables, pour en effet, faire diversion ! Comme quoi la beauté aussi peut être de l’Art !

  5. Marie-Claude, bonjour
    Je lis à rebours vos articles parce que je rentre de 10 jours dans une Bretagne meurtrie
    Je ne voudrais pas passer pour née au pays des bisounours mais j’apprécie ces travaux textiles -quelqu’ils soient – parcequ’ils me permettent d’éprouver toute la palette des sentiments que vous notez !
    Merci d’ avoir présenté la diversité des expositions et pour moi les points de croix palestiniens et les mines or et charbon me remuent vraiment
    @ bientôt
    Marie-Hélène

    • En effet Marie-Hélène, il est toujours passionnant de connaître ce qui se créé en art contemporain, même si nos goûts profonds penchent vers des œuvres plus classiques
      Merci d’avoir remarqué que je n’ai pas critiqué pour le plaisir stérile de la polémique mais que j’ai simplement exprimé mon ressenti devant des ouvrages qui existent

  6. Bonsoir Marie Claude , encore un plaisir de vous lire sans polémique (!) votre ressenti je crois est celui d’une majorité ? minorité ? silencieuse.
    J’ai apprécié votre article sur les brodeuses anglaises, L’Angleterre toujours et encore désireuse de transmettre, leur histoire, leurs origines à travers ces broderies
    Pour les kimonos, encore un morceau pour apprendre, un peu difficilement j’en conviens sur les noms les styles des tissus Encore une fois merci
    Bonne soirée pleine de soleil comme ici ..

    • Merci Arlette, exprimer mon ressenti, oui…sinon où est l’intérêt de tenir un blog ? Après on aime ou pas ce que je publie…mais on peut si facilement aller lire ailleurs !
      Les broderies des Anglaises, les kimonos Meisen, tout cela mérite d’être partagé, je pense…

  7. quels fabuleux trésors vous nous exposez sur ce site. Je cherchais si le kimono pouvait être destructuré … et je m’arrête sur votre site grandiose. et je n’ai pas trop le temps … mais je vous mets sur mon bureau pour faire de nouvelles visites.
    merci pour votre partage. bonne soirée.

    PS : je vais le faire destructuré avec deux tissus complémentaire mon kimono. tant pis s’il y a un code, ce que j’apprendrai peut-être en prenant le temps d’apprécier ce qui ne m’a jamais à vrai dire intéressée… je suis convertie.

    • Merci Monique, je suis flattée de votre attention à consulter mes articles !
      Savez-vous que nombre de kimonos sont constitués de deux tissus de couleurs et de motifs différents et pas toujours complémentaires en plus ? C’est l’inattendu qui en fait tout le charme !
      Alors tout vous est permis !

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