Les terres en haut du mont Aoba abritaient à l’époque Edo, le château du clan Date, famille de guerriers ayant combattu auprès du pouvoir shogunal pendant des siècles
Les Daimyô Date gouvernaient une riche province parmi celles situées au nord de Honshû et comptaient parmi les plus riches seigneurs de l’époque Edo (1603-1868)

Les mausolées de trois Daimyô du clan Date sont abrités au milieu d’une végétation dense composée entre autres de majestueux cèdres centenaires
La topographie du site et le long chemin de procession participaient à la mise en scène de la sacralité des monuments

Date Masamune (1567-1636) est le principal représentant du clan Date, il agrandit considérablement les possessions familiales et fit construire le château de Sendai comme point stratégique de son fief
Il implanta sur ses domaines des industries comme celle du raffinage du sel, celle de la soie, intensifia l’élevage des chevaux et permit l’exploitation de mines d’or et d’argent

Surnommé Dokuganryû, le dragon borgne, à cause de la perte d’un œil durant son enfance, Date Masamune (1567-1636) de la noblesse guerrière, protégeait les lettrés et les artistes étant lui-même poète, et s’adonnait aux arts de la calligraphie et du théâtre Nô

Hiba, du bois de cyprès centenaire venant de la préfecture d’Aomori, a été utilisé lors de la reconstruction de la porte
Le complexe funéraire comportant le mausolée Zuihô-den, richement orné, fut construit un an après sa mort en 1637 à l’instigation de son fils mais sur ses instructions testamentaires

En 1931, le complexe funéraire fut désigné Trésor National mais malheureusement se trouva détruit lors des bombardements aériens de 1945
Les édifices actuels reconstruits en 1979 puis ornementés plus adroitement en 2001, suivent fidèlement les dimensions, les proportions et la décoration d’origine du style esthétique tardif de la culture Momoyama (1573-1603)

Une porte d’entrée très ouvragée conduit au Honden, le sanctuaire principal puis au Haiden, pavillon pour le culte et à un pavillon annexe pour les offrandes

Kaerumata – Pièce en forme de patte de grenouille séparant et reliant 2 poutres horizontales
Nehan-mon ou Nirvâna, le nom de la porte d’entrée désigne l’état d’éveil ultime, l’extinction des passions et des illusions et renvoie à la mort, comprise comme un passage vers un accomplissement spirituel

Zuihôden, par la richesse de ses ornements, polychromie, laque, feuilles d’or et iconographie sculptée est un exemple majeur de l’architecture funéraire de l’époque Edo

Kara mon, la porte d’entrée intérieure est surmontée d’une décoration bleu et argent assez insolite !

Zuihô-den – Bâti sur un plan carré, le sanctuaire central est destiné à abriter l’effigie en bois de Date Masamune

Le répertoire décoratif est typique de la période Azuchi-Momoyama (1573-1603) où la somptuosité des matériaux et des couleurs recouvraient les édifices de prestige, châteaux ou bâtiments commémoratifs des grands chefs de guerre

Saishiki – La polychromie exubérante du décor est enrichie avec de la laque et recouverte de feuilles d’or

Les motifs de dragons, oiseaux de paradis, fleurs de pivoines et arabesques florales doivent beaucoup à la décoration typique de la dynastie chinoise des Ming (1368-1644)

Décor avec Apsara, créatures mythiques de tradition sanskrite renommées pour leur beauté et leur art de la musique

Une Apsara évoluant dans un décor céleste
Les vantaux des portes sont sculptés en leitmotiv du Mon, les blasons de Date Masamune, des moineaux dans des feuillages de bambou et trois barres dans un cercle

Les reconstructions modernes respectant l’esprit du XVIIè siècle ont replacé sur les toits les ornements habituels de protection

Le dragon donnait l’illusion d’être descendu tout droit au travers des bois pour atterrir sur le toit !
L’enceinte du Zuihô-den abrite aussi les monuments commémoratifs des vingt vassaux du clan Date morts par suicide rituel, en signe de fidélité, après le décès de leur seigneur

Le fils et le petit-fils de Date Masamune se firent construire, eux aussi, leurs propres mausolées auprès du site premier

S’ils se trouvent en tous points semblables au Zuihô-den par leur taille et leur structure …

Les décors sobres à la feuille d’or resplendissent sur le noir laqué des murs surtout avec la lumière éblouissante du plein été !
…l’ampleur de leur décoration est toutefois moins importante

Shishigashira – Chapiteaux à tête de chien-lion fabuleux

Vantaux des portes décorées de fleurs de lotus symbole de pureté puisqu’elles s’élèvent au-dessus des eaux stagnantes
Symbole bouddhique traditionnel dans les décorations funéraires
Des Stupa autour des pavillons perpétuent le souvenir des membres secondaires du clan Date

La nature qui enveloppe les mausolées laisse la place à une grande esplanade en haut de la colline

Du haut du mont Aoba, à 115 mètres d’altitude, l’enceinte du château détruit domine la ville moderne de Sendai

Les grands building de Sendai, la ville contemporaine s’étagent dans le lointain
La statue équestre de Date Masamune a été érigée sur l’esplanade, le grand guerrier contemplant à jamais son ancien territoire
Sa représentation la plus célèbre le campe revêtu d’une armure laquée de noir surmontée d’un casque spectaculaire

Kabutô – Le casque est particulièrement reconnaissable grâce à son grand cimier en forme de croissant de lune doré et asymétrique

Ce croissant de lune est devenu indissociable de sa figure de guerrier redoutable

Le grand guerrier est devenu une icône dans le Japon contemporain, en plus des romans, séries télévisées et jeux vidéo, son image sert à vendre toutes sortes de choses pratiques et de gadgets …

… comme des Furoshiki par exemple pour envelopper des menus objets !

Suzume – Le moineau emblématique est même décliné en petit gâteau fourré d’Azuki !

Confectionnés par une charmante vieille dame, les mêmes moineaux en pique-aiguilles

Sur l’emplacement du donjon du château d’Aoba, un sanctuaire Shintô fut édifié pour rendre hommage aux soldats de la région de Miyagi qui ont trouvé la mort au combat depuis le milieu du XIX ème siècle jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale

La construction du sanctuaire en 1904 sous l’impulsion de l’empereur Meiji est affilié à celui de Yasukuni à Tôkyô

Notre visite à la fin juin se fit en passant sous le Chinowa
Nagoshi no Harae est un rituel de purification shinto où le Chinowa se doit être franchi par les fidèles

Ma belle-sœur sacrifie au rite de purification !
Placé à l’entrée dans les derniers jours du mois de juin, il est sensé purifier les fidèles des malchances ou fautes accumulées pendant les six premiers mois de l’année et assurer le bien-être pour les mois à venir

Conservé dans notre Shuin chô ! (carnet qui recueille sous forme de calligraphies et de sceaux le nom des temples bouddhiques et des sanctuaires shinto, témoin de notre visite)
La journée fut particulièrement éprouvante à cause de la chaleur humide de l’été japonais, aussi une petite halte pour le repos et pour se sustenter fut-elle la bienvenue !

Les bols de Soba, le sarrasin, repas typiquement japonais assez léger, sont tout à fait recommandé pour se réconforter !
