Cette maison, en fait, est une habile reconstitution d’une Kominka ! (ancienne maison traditionnelle)
Elle résulte d’un assemblage de trois anciens édifices datant tous de la fin de l’époque Edo (vers 1850) et du début de Meiji (vers 1910)
Bien que la fusion des bâtiments soit assez arbitraire, l’atmosphère due aux matériaux anciens ainsi assemblés est plaisante, évoquant le charme intemporel des antiques demeures japonaises construites en bois et en pisé

Notre visite se fit à la fin du mois de juin sous une chaleur accablante et dans une atmosphère surchargée d’humidité, temps que nous réservent les étés au Japon, laissant souvent les personnes en état d’extrême langueur

La recomposition du bâtiment a permis de recycler des matériaux provenant d’anciens entrepôts, des bois très résistants de zelgova pour les piliers et de châtaigniers pour les poutres, les escaliers aussi furent reconstitués à partir d’éléments divers

La maison, finalement achevée en 1997, abrite différents éléments de décoration eux aussi rescapés de destructions et exposés à l’intérieur et dans le jardin

La maison est nichée au milieu d’un jardin luxuriant où les lanternes de pierre et quelques statues ont bien de la peine à émerger !

De plus, des plantes en pot arrivent à se loger dans le moindre espace que leur laissent les arbres touffus et les buissons d’hortensias

Notre visite, en cette saison, fut agrémentée par l’abondante floraison d’une centaine de variétés de Ajisai, les hydrangea communément appelés hortensias

La saison des pluies abondantes du mois de juin favorise l’épanouissement des fleurs, moment où la floraison des hydrangea arrive à son point culminant

La saison des hortensias annoncent traditionnellement le début de l’été, et reste un des passe-temps favori des Japonais pour se rendre dans les jardins des temples afin d’y admirer les différentes variétés de fleurs multicolores

La maison/musée abrite chaque année des expositions temporaires sur des thèmes naturalistes et sur le concept de Yô no bi, la beauté dans les objets quotidiens

Époque Edo
Dans la tradition classique, les représentations des fleurs de l’hortensia sont très répandues, elles se déclinent dans l’art pictural mais aussi sur les soies des kimonos et sur toutes sortes d’objets décoratifs

Ainsi étaient présentés des Kakemono (peintures sur soie), des paravents, des céramiques, ainsi que des textiles, artefacts sur lesquels se déploie une végétation propre à la saison évoquée

Époque milieu Shôwa (1926-1989)
Les artistes favorisent surtout l’image des fleurs à peine écloses, ou sur le point de se faner

Époque Edo
Les quelques traits et aplats de couleurs, suggèrent plus une évocation poétique de la nature qu’une représentation réaliste rigoureuse

Époque Shôwa
Des hortensias se déployaient aussi sur des céramiques anciennes

Époque Shôwa
Des œuvres de Bernard Leach, célèbre potier anglais trouvaient leur place dans l’exposition
Cet artiste ayant vécu au Japon dans la première moitié du XXe siècle, œuvra à faire une synthèse entre les céramiques traditionnelles japonaises et celles populaires anglaises dans l’indifférence à son époque des esthètes britanniques

Bernard Leach, travailla avec les artisans japonais et fut même, honneur suprême, nommé Kenzan VII, succédant ainsi à son maître, lui même issu d’une grande lignée de potiers travaillant dans le style d’Ogata Kenzan, artiste renommé du XVIIe siècle

De nos jours, ce potier est universellement reconnu et sert de maître à suivre pour nombres d’artistes céramistes

Deux œuvres de l’artiste Ueda Yôko enchantaient les murs de la vieille maison

Des tableaux textiles aux couleurs vibrantes juxtaposent les fleurs emblématiques des deux premières saisons de l’année, cerisiers, iris, fleurs de lotus et hortensias

Le deuxième tableau aux teintes plus vives sur un fond de rivière sinueuse suit le style des représentations saisonnières conventionnelles

Ces travaux textiles, appliqués et matelassage, sont réalisés de manière virtuose à la machine à coudre

Une artiste contemporaine Zetsu Hideko exposait des petites figurines humoristiques ainsi que des poteries peintes à la main et des dessins à l’encre

Ces petites créatures façonnées en argile à la texture brune terreuse de Shigaraki, grand centre de céramiques rustiques fort appréciées au Japon, représentent des Kappa, petits monstres des légendes hantant les cours d’eau et fort redoutés dans le passé

Ces Kappa, dans notre monde contemporain, se sont métamorphosés en petits êtres mignons et inoffensifs dans les publications destinés à la jeunesse et dans la publicité

Le temple Meigetsu-in
Le célèbre temple bouddhiste Meigetsu-in à Kamakura est même appelé Ajisaidera, le temple des hortensias !

Les jardins du temple jouxtent ceux de la maison ancienne en y dissimulant les bâtiments


Le Meigetsu-in survécut à la dissolution de plusieurs grands temples bouddhiques lors de la restauration de l’empereur Meiji à la fin du XIXe siècle

Seul ce petit temple annexe fut épargné de la destruction du Zenkôji, grand centre d’obédience zen de Kamakura

C’est aussi un lieu de recueillement et de célébration en mémoire du clan Hôjô, premiers membres du gouvernement de Kamakura au XIIIe siècle


Référence aux 6 voies/chemins de la Loi à respecter
Dans le jardin du temple, des petites statues de Jizô san accueillent les différentes manifestations de la piété populaire

Meigetsu-in, le nom du temple évoque la lumière de la lune
Des figures de lapins côtoyant les statues bouddhiques sont des illustrations de la légende prétendant que les animaux aux longues oreilles pilent du riz sur l’astre nocturne !


Un petit bois de bambous termine la visite…

… dans laquelle des vestiges des bâtiments monastiques disparus peuvent encore être observés


Conservé dans notre Shuin chô ! (carnet qui recueille sous forme de calligraphies et de sceaux le nom des temples bouddhiques et des sanctuaires shinto, témoin de notre visite)
Quittant le quartier des temples, nous fîmes une petite visite à Enoshima, petite île de la baie de Kamakura afin de contempler la sublime vue sur le Fuji san

Et ainsi terminer cette journée sur une vision tellement sereine
Chère Marie-Claude, Comme dans chacun de vos articles j’apprends beaucoup sur le Japon et comme toujours j’adore vos photos et l’atmosphère que l’on y ressent. Je suis vraiment impressionnée par la beauté du kimono en chanvre, il est incroyable! Merci de nous amener de nouveau en voyage avec vous! Je me réjouis de votre prochain chapitre et vous souhaite une bonne suite dans votre pérégrination!
Merci Hélène, comme je ne peux quilter actuellement à cause d’une rhizarthrose (arthrose des pouces), je passe mon temps à rédiger mes souvenirs de voyage !
Je suis si heureuse que mes articles continuent à vous plaire… La suite bientôt…
Je vous souhaite bien la patience pour la rhizarthrose et bon rétablissement le plus vite possible!!
Merci Hélène
Je suis douée pour la patience car il en faut pour faire des quilts ! Faire travailler un peu plus ses neurones c’est bien aussi !